«Il est en CE2 et il compte encore sur ses doigts.» C’est l’une des phrases que j’entends le plus souvent au premier rendez-vous, presque toujours dite à voix basse, comme un aveu. Les parents ont l’impression que leur enfant a raté une marche, ou qu’il triche. Ni l’un ni l’autre. Je le dis clairement : compter sur ses doigts n’est pas un défaut, et encore moins une tricherie. La seule question utile, c’est comment il s’en sert, et à quel âge.
Compter sur ses doigts, c’est d’abord une étape normale
Les doigts sont le premier outil de calcul de l’enfant. En grande section et au CP, ils lui permettent de voir une quantité, de la garder sous les yeux et de vérifier ce qu’il dit. Un enfant qui montre «trois» puis «deux» et recompte l’ensemble est en train de construire le sens de l’addition. Lui interdire ses doigts à ce moment-là revient à lui retirer ses notes pendant qu’il apprend sa leçon.
Au CP et au CE1, l’usage des doigts reste donc tout à fait attendu. Il diminue ensuite de lui-même, à mesure que l’enfant mémorise les petits résultats (5 + 5, 6 + 4, les doubles) et qu’il apprend à s’appuyer sur la dizaine.
Regardez comment il compte, pas seulement s’il compte
Demandez-lui «8 + 5» et observez ses mains. Vous verrez l’une de ces trois façons de faire.
- Il recompte tout. Il lève 8 doigts un par un, puis 5, puis il repart de 1 jusqu’à 13. C’est la stratégie des débuts. Elle est longue et il se perd souvent en route.
- Il surcompte. Il garde 8 «dans sa tête» et avance : 9, 10, 11, 12, 13. Les doigts ne servent plus qu’à savoir quand s’arrêter. C’est un vrai progrès.
- Il décompose. «8 et 2, ça fait 10, il reste 3, donc 13.» Ici, il n’y a plus besoin de doigts : l’enfant s’appuie sur ce qu’il sait du nombre 10.
Un élève de CE2 qui surcompte de temps en temps sur un calcul difficile ne m’inquiète pas. Un élève de CE2 qui recompte tout depuis 1 pour trouver 6 + 3, si.
Les signes qui méritent qu’on s’y arrête
À partir du CE2, et plus encore au CM1 ou au collège, quelques signes doivent attirer votre attention :
- il recompte systématiquement depuis 1, même pour de très petits calculs ;
- il a besoin de ses doigts pour 10 + 3 ou 20 + 6, comme si 13 n’était pas «dix et trois» ;
- il cache ses mains sous la table ou tapote discrètement ses doigts sur sa cuisse ;
- il se trompe d’un, presque à chaque fois, parce qu’il ne sait plus s’il a compté le premier doigt ;
- les calculs lui prennent tellement d’énergie qu’il n’en a plus pour comprendre le problème.
Dans ces cas-là, les doigts ne sont pas le problème. Ils sont la béquille qui lui permet de tenir, parce que quelque chose n’est pas encore construit en dessous : le fait qu’un nombre en contient d’autres, qu’une dizaine vaut dix unités, que 8 reste 8 même si on ne le recompte pas.
Ce que vous pouvez faire à la maison, dès ce soir
Première règle : ne lui dites jamais d’arrêter. Un enfant à qui on interdit ses doigts ne calcule pas mieux, il se cache.
Ensuite, jouez. Les jeux de société font travailler exactement ce qui manque, sans que cela ressemble à des maths :
- les jeux avec deux dés, où il finit par reconnaître 6 et 5 sans compter les points ;
- les dominos et les cartes à jouer, pour voir les quantités d’un seul coup d’œil ;
- le jeu «faire 10» : vous dites 7, il répond 3, puis vous échangez les rôles.
Enfin, posez-lui une question simple après un calcul : «Comment tu as fait ?» Sa réponse vous en apprendra plus que le résultat. Et le fait de l’expliquer l’aide à passer à la stratégie suivante.
Quand faut-il agir ?
Si votre enfant est au CE2 ou au-delà, que les jeux et le temps ne changent rien et que les maths deviennent une source de larmes ou d’évitement, n’attendez pas que cela passe tout seul : il faut regarder de près comment il raisonne.
C’est l’objet de l’évaluation logico-mathématique que je propose à Bondoufle, en Essonne, du CP à la 3e. Je ne fais pas refaire à votre enfant les exercices de la classe : je lui donne du matériel à manipuler et je lui demande de m’expliquer ce qu’il fait. On voit alors où le raisonnement se bloque, et ce qu’il faut reprendre pour qu’il n’ait plus besoin de béquille. Cette démarche est pédagogique : elle ne pose pas de diagnostic médical.
Je reçois les élèves du CP à la 3e à Bondoufle (Essonne), le jeudi et le vendredi.
Votre enfant compte sur ses doigts et les calculs restent laborieux ?
L’évaluation logico-mathématique montre ce qui n’est pas encore construit. Je reçois les élèves du CP à la 3e, au cabinet de Bondoufle.
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