À la rentrée de CP, on achète la trousse, les crayons, le cahier du jour. On vérifie rarement une chose pourtant décisive pour les années qui suivent : la façon dont l’enfant tient son crayon. Une tenue installée à 6 ans l’accompagne jusqu’au lycée. «Ça se corrigera tout seul» est une idée fausse : une mauvaise tenue ne disparaît pas, elle s’installe.
Pourquoi la tenue du crayon compte autant
Écrire, ce sont de tout petits mouvements des doigts, répétés des milliers de fois par jour. Quand le crayon est bien tenu, ce sont les doigts qui travaillent et la main glisse sur la feuille. Quand il est mal tenu, les doigts sont bloqués et c’est le poignet, voire tout le bras, qui doit tracer les lettres.
Au CP, cela passe : on écrit peu. Les conséquences arrivent plus tard, quand il faut copier une leçon entière : fatigue, douleurs, lenteur, lettres qui se déforment. Beaucoup d’élèves que je reçois au CM2 ou au collège ont simplement gardé la tenue qu’ils avaient en grande section.

La bonne tenue : la pince à trois doigts
La tenue la plus efficace s’appelle la prise tridigitale. Elle se décrit simplement :
- le crayon est pincé entre la pulpe du pouce et celle de l’index ;
- il repose sur le côté du majeur, près de la dernière phalange ;
- les deux autres doigts sont repliés dans la paume et glissent sur la feuille ;
- les doigts se placent à environ deux centimètres de la pointe, pas tout au bout ;
- le haut du crayon repose dans le creux entre le pouce et l’index, penché vers l’épaule.
Le pouce et l’index forment un rond ouvert. Si ce rond est écrasé, ou si le pouce passe par-dessus l’index, la main est en train de serrer.
Les tenues à corriger sans attendre
- Le pouce qui enveloppe. Il recouvre l’index et verrouille tout. C’est la tenue que je corrige le plus souvent.
- Quatre doigts sur le crayon. L’annulaire vient en renfort : la prise est stable mais les doigts ne peuvent plus bouger.
- La prise à pleine main. Normale à 3 ans, elle doit avoir disparu à l’entrée au CP.
- Les doigts collés à la pointe. L’enfant ne voit plus ce qu’il écrit et se couche sur sa feuille pour regarder par en dessous.
- Le poignet cassé, en crochet. On le voit surtout chez les gauchers, qui cherchent à ne pas cacher ni effacer ce qu’ils viennent d’écrire. J’en parle dans l’article Être gaucher aujourd’hui.
Un signe ne trompe pas : des jointures blanches, une marque rouge sur le majeur après quelques lignes, un enfant qui secoue la main. Sa tenue lui demande trop de force.
Trois astuces pour installer la pince
Le crayon qui bascule
Posez le crayon sur la table, pointe vers l’enfant. Il le pince par la pointe entre le pouce et l’index, le soulève, puis le fait basculer vers l’arrière avec l’autre main. Le crayon vient se loger tout seul au bon endroit.
Le petit trésor dans la main
Glissez une petite gomme ou une boule de papier sous l’annulaire et l’auriculaire. Pour ne pas la faire tomber, il garde ces deux doigts repliés, et les trois autres n’ont plus qu’à tenir le crayon.
Les crayons courts
Un morceau de craie ou un crayon de trois ou quatre centimètres ne peut pas être tenu à pleine main. Il oblige à pincer. C’est l’outil le plus simple que je connaisse pour un enfant de maternelle.
La tenue ne se joue pas que dans la main
- La feuille. Elle est inclinée : le coin haut vers la gauche pour un droitier, vers la droite pour un gaucher. Une feuille droite oblige à tordre le poignet.
- L’autre main. Elle tient la feuille et la remonte au fur et à mesure. Si elle soutient la tête, quelque chose ne va pas.
- Les appuis. Les pieds touchent le sol, les avant-bras sont posés sur la table.
- L’outil. Un crayon à corps triangulaire, ni trop fin ni trop lourd, aide à placer les doigts. Je détaille le choix des stylos et des cahiers dans ma masterclass offerte.
Et avant le crayon, il y a la force des doigts. Pâte à modeler, pinces à linge, perles, découpage : ces exercices de motricité fine préparent la pince mieux que des pages d’écriture.
Et si la mauvaise tenue est déjà installée ?
Elle se corrige, à tout âge. Mais pas en répétant «tiens bien ton crayon» dix fois par soirée : l’enfant reprend son ancienne tenue dès qu’il pense à ce qu’il écrit, et il finit par se sentir en faute.
Changer de tenue demande de réapprendre le geste par étapes, sur des tracés simples d’abord, puis sur l’écriture. Je l’ai fait moi-même à l’âge adulte, après des années de douleurs. C’est ce que je propose en séance de graphopédagogie, à Bondoufle (Essonne) dès la moyenne section, ou en visio à partir du CP.
La tenue de crayon de votre enfant vous inquiète ?
En première séance, je regarde sa prise, puis je vous donne des entraînements simples et efficaces à faire à la maison, pour progresser entre deux séances.
À lire aussi
À quel âge un enfant doit-il savoir écrire en attaché ?

0 commentaires