Votre enfant vient de signer son dessin, fier de lui. Sauf que le prénom est écrit de droite à gauche, toutes les lettres retournées, comme dans un miroir. Ou bien c’est le 3 qui regarde du mauvais côté, le 7, le J de son prénom. Vous vous demandez si c’est normal, et si ce n’est pas le signe d’une dyslexie.
Je vous rassure tout de suite : dans la très grande majorité des cas, l’écriture en miroir chez un jeune enfant est une étape banale, et elle ne dit rien de son intelligence. Voici pourquoi, et à quel moment il faut vraiment s’en préoccuper.
Qu’appelle-t-on l’écriture en miroir ?
On parle d’écriture en miroir quand un enfant trace une lettre, un chiffre ou un mot entier à l’envers, comme s’il était reflété dans une glace. Cela prend plusieurs formes :
- un chiffre isolé retourné, le plus souvent le 3, le 7, le 9 ou le 2 ;
- une lettre retournée : J, S, Z, N, ou la confusion entre b et d, p et q ;
- le prénom entier écrit de droite à gauche.
Pourquoi presque tous les enfants y passent
Pendant ses premières années, un enfant apprend qu’un objet reste le même quel que soit le côté d’où on le regarde. Une tasse dont l’anse est à gauche ou à droite est toujours une tasse. Son doudou vu de dos est toujours son doudou. C’est une compétence précieuse.
Puis il arrive à l’école, et on lui présente des formes pour lesquelles cette règle ne marche plus : un b retourné n’est plus un b, c’est un d. Pour la première fois, l’orientation change le sens. Il faut du temps pour l’admettre, et pendant ce temps-là, l’enfant écrit les lettres dans le sens qui lui vient.
S’ajoute une question de geste. Notre écriture va de gauche à droite, mais rien dans le corps de l’enfant ne l’impose. S’il pose son crayon à droite de la feuille, il part naturellement vers la gauche, et tout se retourne. On le voit souvent chez les gauchers, pour qui le mouvement vers la gauche est plus confortable.
Jusqu’à quel âge est-ce normal ?
En petite, moyenne et grande section, l’écriture en miroir fait partie du paysage. Elle est encore fréquente au début du CP, surtout pour les chiffres.
Elle diminue nettement au cours du CP, à mesure que l’enfant lit, puisque la lecture fixe le sens des lettres. Au CE1, on peut encore voir un 3 ou un 7 retourné de temps en temps, quand l’enfant est fatigué ou qu’il écrit vite.
Les signes qui doivent vous alerter
L’écriture en miroir seule ne dit pas grand-chose. C’est son association avec d’autres difficultés qui compte. Parlez-en à l’enseignant ou à votre médecin si :
- les inversions restent fréquentes en fin de CE1 et au-delà ;
- elles touchent des mots entiers, et pas seulement quelques chiffres ;
- votre enfant confond toujours b et d, p et q en lisant, et la lecture reste très laborieuse ;
- il a du mal à se repérer : gauche et droite, hier et demain, l’ordre des jours ;
- il s’en rend compte et commence à refuser d’écrire.
Écrire en miroir ne signifie pas être dyslexique. Seul un professionnel de santé peut poser ce type de diagnostic, à partir d’un bilan complet et pas d’un prénom écrit à l’envers.
Comment l’aider sans le braquer
Donnez-lui un point de départ
Un petit point vert ou une gommette en haut à gauche de la feuille : «On part toujours d’ici.» Beaucoup de prénoms en miroir disparaissent avec ce seul repère.
Passez par le grand geste
Tracer le 3 en grand dans l’air, sur le dos de l’autre, dans de la semoule, au tableau, avant de le tracer en petit. Le sens du mouvement se retient mieux avec le bras entier qu’avec le bout des doigts.
Décrivez le tracé avec des mots
«Le 7 : je pars à gauche, je vais tout droit, puis je descends.» Un enfant qui se dit la phrase à mi-voix se trompe beaucoup moins.
Laissez un modèle sous ses yeux
Une bande avec les chiffres et l’alphabet collée sur le bureau. Il ne s’agit pas de tricher : il vérifie tout seul, et il n’a pas besoin que vous le repreniez.
Corrigez une chose à la fois
Ne faites pas tout effacer. Montrez-lui une lettre : «Regarde ton S et celui du modèle. Qu’est-ce qui est différent ?» S’il trouve lui-même, c’est gagné.
Ce qu’il ne faut surtout pas faire
- s’exclamer «tu as encore écrit à l’envers» devant lui ou devant d’autres adultes ;
- lui faire recopier dix fois la lettre retournée ;
- le comparer à un frère, une sœur ou un camarade qui «y arrive déjà».
Quand consulter une graphopédagogue ?
Si les inversions persistent alors que la lecture se met en place, la difficulté vient souvent du geste : l’enfant ne sait pas par où commencer la lettre ni dans quel sens tourner. C’est exactement ce que l’on travaille en graphopédagogie : le point de départ, le sens du tracé et l’enchaînement des lettres.
Je reçois les enfants dès la moyenne section à Bondoufle, en Essonne, et en visio à partir du CP.
Votre enfant écrit encore en miroir et cela vous préoccupe ?
Je fais le point avec lui en première séance : sens du tracé et repères sur la page.
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