«Il n’a pas fini sa dictée.» «Il ne termine jamais ses contrôles.» «Il copie les devoirs pendant que les autres sont déjà sortis.» Quand votre enfant écrit lentement, une question finit toujours par arriver : est-ce vraiment trop lent pour son âge, ou est-ce que je m’inquiète pour rien ?
Des chercheurs ont mesuré la vitesse d’écriture de centaines d’élèves français, classe par classe. Voici leurs repères, et surtout la bonne façon de les lire.
Lettres ou mots par minute ?
Les professionnels comptent en lettres par minute, et pas en mots. La raison est simple : écrire «le» et écrire «extraordinaire» ne demande pas du tout le même travail à la main. Compter les lettres donne une mesure plus juste.
Les mots par minute sont surtout utilisés pour la dictée. Pour vous donner un ordre d’idée, un élève de CM2 écrit en moyenne environ 14 à 15 mots par minute sous dictée, et un élève de 6e à peine plus.
Du CP au CM2 : les repères en copie
Pour l’école primaire, la référence française est l’étalonnage du test BHK, réalisé sur plus de 800 enfants du CP au CM2. L’enfant copie un texte pendant cinq minutes, à son rythme habituel. Voici les moyennes, ramenées à une minute :
- CP : environ 10 lettres par minute ;
- CE1 : environ 24 lettres par minute ;
- CE2 : environ 34 lettres par minute ;
- CM1 : environ 45 lettres par minute ;
- CM2 : environ 46 lettres par minute.
Deux choses sautent aux yeux. La vitesse est multipliée par plus de quatre entre le CP et le CM2. Et elle marque un palier entre le CM1 et le CM2 : c’est normal, l’écriture se stabilise avant le grand changement du collège.
Au collège : le grand saut
Au collège, on utilise un autre test, plus court, qui mesure la vitesse sur une copie de quelques phrases. Les repères les plus utilisés viennent du Test des lenteurs d’écriture, créé en 1981 et réétalonné en 2008 :
- 6e : environ 85 lettres par minute ;
- 5e : environ 100 lettres par minute ;
- 4e : environ 115 lettres par minute ;
- 3e : environ 117 lettres par minute.
Les filles écrivent en moyenne un peu plus vite que les garçons, surtout en 6e et en 5e.
Attention : ne comparez pas ce tableau avec celui du primaire. Les deux tests ne mesurent pas la même chose, d’où l’impression d’un bond énorme entre le CM2 et la 6e. Ce qui compte, c’est de situer votre enfant par rapport aux élèves de sa classe, avec le même test.
Et au lycée ?
La vitesse continue de progresser, mais beaucoup plus lentement. À ce stade, la question n’est plus seulement «combien de lettres en une minute», mais «combien de temps il tient». Une épreuve du bac dure trois ou quatre heures. Un lycéen qui écrit vite pendant dix minutes, puis ralentit, a mal au poignet et ne se relit plus, est en difficulté même si sa vitesse de départ paraît correcte.
Ce que ces chiffres ne disent pas
Ces repères sont des moyennes. Dans une même classe, les écarts sont importants : un enfant un peu en dessous n’a pas forcément de difficulté. Gardez aussi en tête que :
- la vitesse ne vaut rien sans la lisibilité. Un enfant qui écrit vite mais qui ne peut pas se relire n’a rien gagné ;
- la tâche change tout. On copie plus vite qu’on écrit sous dictée, et on écrit encore moins vite quand il faut réfléchir à ce qu’on rédige ;
- les élèves écrivent aujourd’hui moins vite qu’en 1981. C’est ce qu’a montré le réétalonnage de 2008, alors même que les exigences de l’école ont augmenté.
Un petit test à faire à la maison
Vous pouvez avoir une première idée en quelques minutes, sans matériel particulier :
- choisissez un texte simple, adapté à sa classe, qu’il n’a pas besoin de déchiffrer ;
- demandez-lui de le copier pendant une minute, à son rythme habituel, pas «le plus vite possible» ;
- comptez les lettres écrites et comparez avec les repères de sa classe ;
- refaites la même chose après dix minutes d’écriture : vous verrez s’il tient la distance.
Pendant qu’il écrit, regardez sa main plutôt que la feuille : un poing serré sur le crayon, des pauses pour secouer les doigts, un bras qui se crispe disent souvent plus que le chiffre lui-même. Faites ce test au calme, sans frère ou sœur à côté, et sans en faire une compétition.
Mon enfant écrit trop lentement : est-ce normal pour son âge ?
Un chiffre seul ne suffit pas. Ce qui doit vous alerter, c’est une vitesse nettement en dessous de sa classe accompagnée d’autres signes :
- il se plaint de douleurs à la main, au poignet ou à l’épaule ;
- ses copies restent inachevées alors qu’il connaît les réponses ;
- son écriture se dégrade nettement entre le début et la fin de la page ;
- il évite d’écrire, raccourcit ses réponses, demande à taper à l’ordinateur.
Je travaille en complémentarité avec les orthophonistes, les psychomotriciens et les ergothérapeutes : si la lenteur s’accompagne d’autres difficultés, je vous oriente vers le bon professionnel.
J’explique ces signes en détail dans l’article Mon enfant écrit lentement : les signes à repérer.
Gagner en vitesse sans perdre en lisibilité
Lui dire «dépêche-toi» ne marche pas. Forcer la vitesse, c’est obtenir une écriture qui se défait. Un enfant gagne en vitesse quand son geste devient automatique : une tenue du crayon qui laisse les doigts libres, une posture qui libère le bras, des lettres formées dans le bon sens, des liaisons qui ne l’obligent pas à lever le crayon à chaque instant.
C’est exactement ce que je travaille en graphopédagogie. Je repère ce qui freine la main, et nous corrigeons en priorité les quelques points qui font perdre le plus de temps. Les progrès se mesurent : on compare la vitesse et la lisibilité d’une séance à l’autre. Et il n’est jamais trop tard : j’ai moi-même réappris à écrire à l’âge adulte.
Votre enfant n’arrive pas à suivre le rythme de la classe ?
En première séance, j’observe son geste et je mesure sa vitesse pour repérer ce qui le freine. Au cabinet de Bondoufle, ou en visio à partir du CP.
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Sources
- Charles M., Soppelsa R., Albaret J.-M. (2004). BHK : échelle d’évaluation rapide de l’écriture chez l’enfant. ECPA.
- Marquet-Guillois, Lespargot, Truscelli (1981), Test des lenteurs d’écriture ; réétalonnage par Alexandre (2008).
- Évaluation de la vitesse d’écriture d’élèves de différents niveaux scolaires, ScienceDirect.

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